Projection d’une adresse économique à la nation du président Mamadi Doumbouya, à la veille du 2 octobre 2026, à travers les colonnes du journal Afrique Aujourd’hui

NOTE DE LA RÉDACTION : Le présent texte est une création prospective du journal Afrique Aujourd’hui. Il imagine l’adresse à la nation que le chef de l’État pourrait consacrer à l’avenir économique de la Guinée, à la veille de la fête nationale du 2 octobre 2026. Il ne constitue ni une déclaration officielle ni une communication authentifiée de la Présidence de la République.

Guinéennes, Guinéens,

Mes chers compatriotes,

À l’approche du 2 octobre, date fondatrice de notre indépendance, je souhaite partager avec vous une vision de la Guinée que nous devons construire ensemble.

Notre fête nationale ne doit pas seulement nous conduire à contempler le passé. Elle doit également nous obliger à préparer l’avenir.

Nos tirailleurs, nos résistants, nos combattants et les pères de notre indépendance ont payé, parfois jusqu’au sacrifice suprême, le prix de notre liberté. Nous leur devons davantage que des hommages. Nous leur devons un État solide, des institutions fortes, une économie productive et une société capable d’offrir un avenir à chaque enfant guinéen.

Nos anciens ont conquis l’indépendance politique. Notre génération doit désormais conquérir l’indépendance économique, alimentaire, sanitaire, industrielle et technologique.

Former les compétences nécessaires à la Guinée

La Guinée doit engager un vaste programme de construction d’écoles d’enseignement professionnel et technique dans les différentes régions du pays.

Ces établissements formeront des électriciens, des plombiers, des maçons, des charpentiers, des menuisiers, des mécaniciens, des soudeurs et des techniciens de maintenance. La formation pratique, l’apprentissage en atelier et les stages en entreprise devront y occuper une place centrale.

Nous ne pouvons pas continuer à importer une main-d’œuvre qualifiée alors que notre jeunesse ne demande qu’à apprendre un métier et à participer à la construction nationale.

Nous avons conçu le projet de création d’une grande école polytechnique destinée à former nos ingénieurs, nos chercheurs et nos futurs inventeurs. Nous avons également prévu une école supérieure d’agronomie pour préparer les spécialistes capables de moderniser l’agriculture, l’élevage, la pêche et la transformation agroalimentaire.

L’école et l’éducation sont les principaux vecteurs du développement.

Une bourse nationale implique dix années de service

Tout étudiant bénéficiant d’une bourse intégrale ou partielle financée par l’État pour étudier en Afrique, en Europe, en Amérique, en Asie ou ailleurs devra signer un contrat d’engagement au service de la nation.

À la fin de sa formation, il devra impérativement revenir en Guinée et y exercer une activité professionnelle pendant au moins dix ans. Les connaissances acquises avec l’argent du contribuable guinéen doivent servir au développement de la Guinée. Après ces dix années, le bénéficiaire pourra librement choisir de poursuivre sa carrière à l’étranger.

Une exception sera admise lorsqu’une organisation régionale ou internationale le sollicite officiellement pour accomplir une mission au nom de la Guinée, pour représenter la Guinée ou pour défendre ses intérêts. Cette mission devra être reconnue par les autorités compétentes.

Tout bénéficiaire qui refuserait de revenir au pays, ou qui abandonnerait sans motif valable son engagement avant les dix années requises, s’exposerait aux sanctions prévues par son contrat et par la loi, notamment au remboursement des dépenses supportées par l’État.

En contrepartie, l’État devra organiser le retour des diplômés, reconnaître leurs qualifications et leur permettre d’exercer dans un emploi correspondant à leur formation.

Donner une vocation africaine à notre École militaire interarmées

Nous avons également conçu un programme de modernisation et d’extension de l’École militaire interarmées de Guinée. Notre ambition est d’en faire progressivement un établissement militaire de référence à vocation sous-régionale et africaine, capable d’accueillir et de former, aux côtés des élèves officiers guinéens, des militaires provenant des pays frères et partenaires du continent.

Cette ouverture favorisera le partage d’expériences, l’interopérabilité des forces africaines et la recherche de réponses communes face aux menaces contemporaines, dans le respect de la souveraineté de chaque État.

Produire ce que nous consommons

Notre souveraineté restera incomplète tant que nous dépendrons massivement des importations pour nourrir notre population. Nos agriculteurs, nos éleveurs et nos pêcheurs doivent bénéficier d’équipements, de systèmes d’irrigation, de chambres froides, de moyens de transport et de financements adaptés.

La création d’une banque agricole, ou d’un dispositif spécialisé de financement, devra être envisagée. Notre objectif est de produire davantage, de transformer nos récoltes en Guinée et d’assurer progressivement notre autosuffisance alimentaire.

Permettre aux Guinéens de se soigner chez eux

La reconstruction et la modernisation de l’hôpital Ignace-Deen doivent permettre de doter la Guinée d’un établissement de référence disposant des principales spécialités médicales et des équipements technologiques nécessaires.

Un Guinéen ne devrait plus être systématiquement obligé de payer un billet d’avion, un hôtel et des frais considérables à l’étranger pour recevoir des soins qui pourraient être disponibles dans son pays. Mais un hôpital moderne ne se résume pas à ses bâtiments : il exige des médecins, des infirmiers, des techniciens et des gestionnaires bien formés.

Protéger les entreprises par une gestion rigoureuse

Beaucoup d’entreprises disparaissent prématurément parce que leurs ressources sont confondues avec les dépenses personnelles de leurs dirigeants. Une entreprise n’est pas une caisse privée.

Ses recettes doivent financer ses employés, ses fournisseurs, ses investissements, ses charges et ses obligations fiscales. Le dirigeant doit recevoir une rémunération clairement déterminée. Les bénéfices ne peuvent être distribués qu’après l’établissement et l’approbation régulière des comptes.

Toute entreprise devra progressivement présenter un bilan annuel adapté à sa taille. Cette discipline permettra aux banques de mieux évaluer les projets et d’accorder des crédits aux entreprises sérieuses. L’État pourra mettre en place un fonds de garantie destiné aux investissements viables.

Les artisans, les boutiquiers et les petits commerçants seront accompagnés vers cette formalisation grâce à des procédures simplifiées et à une carte professionnelle adaptée.

Faire entrer les capitaux dans le circuit bancaire

Je lance un vibrant appel aux entreprises, aux commerçants, aux hommes et aux femmes d’affaires ainsi qu’à tous ceux qui conservent d’importantes sommes d’argent en dehors du circuit bancaire.

Un délai de dix-huit mois devra leur permettre de déposer ces fonds auprès des établissements agréés, d’en justifier l’origine et de régulariser leur situation. Pour les commerçants, cette justification pourra reposer sur les factures, les cahiers de recettes, les mouvements de stocks, les déclarations fiscales et les recettes journalières ou hebdomadaires.

À l’expiration de ce délai, tout dépôt ou mouvement portant sur une somme importante et dépourvu de justification crédible fera l’objet d’un contrôle renforcé. Les fonds dont l’origine illicite serait établie pourront être bloqués, saisis ou confisqués suivant les procédures prévues par la loi et sous le contrôle de la justice.

Il ne s’agit pas de détruire automatiquement des billets ayant cours légal, mais de mettre fin à l’impunité des capitaux provenant de la corruption, de la fraude, de la contrebande ou du blanchiment.

Des milliards conservés dans des maisons, des coffres privés ou des circuits clandestins alimentent le marché noir et privent l’économie des ressources nécessaires au financement du développement. Dix-huit mois constituent un délai suffisant pour se conformer à cette orientation. Après cette période, la rigueur devra s’appliquer dans le respect de la loi.

Assainir les importations et protéger les consommateurs

Toute marchandise importée devra être accompagnée de documents permettant d’établir la commande, la facture, le paiement et la provenance des fonds. Cette traçabilité est indispensable pour combattre la fraude, la sous-facturation, la contrebande et le blanchiment de capitaux.

La Guinée ne doit pas non plus devenir la destination des véhicules trop anciens, dangereux ou fortement polluants. Une réglementation progressive devra limiter l’âge des véhicules importés et renforcer le contrôle de leur état mécanique, de leur numéro de châssis et de l’authenticité de leur kilométrage.

Les compteurs falsifiés et les véhicules accidentés maquillés pour tromper les acheteurs feront l’objet de sanctions rigoureuses. Les véhicules non conformes pourront être refusés ou réexportés suivant une procédure légale et transparente.

Préparer le Made in Guinea

Notre ambition ne doit pas s’arrêter à la consommation des produits fabriqués ailleurs. Les écoles d’enseignement professionnel et technique ainsi que la grande école polytechnique que nous avons conçue devront préparer une nouvelle génération d’ingénieurs, de chercheurs et de techniciens.

Dans dix, quinze ou vingt ans, la Guinée doit être capable de fabriquer des machines agricoles, des pièces mécaniques, des équipements électroniques et, pourquoi pas, des ordinateurs ou des téléphones portant la mention « Made in Guinea ».

Nos ressources minières doivent financer l’éducation, la santé, l’agriculture, les infrastructures et l’industrialisation. La Guinée ne doit plus seulement extraire et exporter. Elle doit transformer, inventer et produire.

La compétence avant l’appartenance communautaire

L’entreprise guinéenne ne doit plus fonctionner uniquement comme une structure familiale ou communautaire. Personne ne devrait être choisi ou écarté parce qu’il est Peul, Malinké, Soussou, Forestier ou issu d’une autre communauté. Le recrutement doit reposer sur la compétence, l’intégrité et l’expérience.

Notre principe doit être clair : la femme ou l’homme qu’il faut à la place qu’il faut.

Les entreprises devront également respecter les droits des travailleurs et organiser leur représentation conformément au Code du travail. Le dialogue social protège les employés et contribue à la stabilité des entreprises.

Construire ensemble la Guinée de demain

Mes chers compatriotes,

Aucun président, aucun gouvernement et aucune institution ne peut construire seul la Guinée. Le développement exige la participation des enseignants, des médecins, des militaires, des agriculteurs, des pêcheurs, des artisans, des commerçants, des entrepreneurs, des travailleurs, des femmes, des jeunes et de la diaspora.

Les réformes devront être expliquées, préparées avec les secteurs concernés et appliquées sans favoritisme. La loi doit être la même pour tous.

La Guinée possède les terres, l’eau, les minerais, l’énergie et surtout l’intelligence de sa jeunesse. Il nous appartient de transformer ces richesses en écoles, en hôpitaux, en entreprises, en industries, en emplois et en espérance.

À la veille du 2 octobre, je veux dire à la jeunesse guinéenne que les années à venir peuvent être meilleures si nous choisissons le travail plutôt que la facilité, la compétence plutôt que le favoritisme, la production plutôt que la dépendance et l’unité nationale plutôt que les divisions.

Voilà la Guinée que nous devons bâtir : une Guinée forte, productive, solidaire et progressivement autonome.

Vive l’unité nationale !
Vive le travail et la compétence !
Vive la République de Guinée !

La rédaction du journal Afrique Aujourd’hui

Le présent éditorial est une projection journalistique destinée à nourrir le débat public. Il ne constitue pas une déclaration officielle du président Mamadi Doumbouya ni une communication authentifiée de la Présidence de la République.