À l'occasion de
la 81e session de l'Assemblée générale des Nations Unies, les dirigeants du
monde convergent vers New York. L'Afrique y est représentée dans toute sa
diversité : Afrique de l'Ouest, Afrique centrale, Afrique orientale, Afrique
australe, Afrique du Nord et États insulaires.
Parmi les chefs
d'État africains dont la présence ou le déplacement a été annoncé figurent
notamment Mamadi Doumbouya de Guinée, John Dramani Mahama du Ghana, Bassirou
Diomaye Faye du Sénégal, Joseph Nyuma Boakai du Liberia, Julius Maada Bio de
Sierra Leone, William Ruto du Kenya, João Lourenço d'Angola, Emmerson Mnangagwa
du Zimbabwe, Netumbo Nandi-Ndaitwah de Namibie et Mathew Antonio Patrick
Herminie des Seychelles.
D'autres États
sont représentés par de hautes autorités : Tiémoko Meyliet Koné pour la Côte
d'Ivoire, Kashim Shettima pour le Nigeria, Deogratius Ndejembi pour la
Tanzanie, Judith Suminwa Tuluka pour la République démocratique du Congo et
Moustafa Madbouly pour l'Égypte. L'Algérie est représentée par Ahmed Attaf,
l'Afrique du Sud par Ronald Lamola et la Zambie par Mulambo Haimbe. D'autres
délégations sont encore en route ou attendent la publication officielle de leur
programme.
Cette liste
n'est donc pas définitive. Afrique Aujourd'hui la complétera progressivement,
au rythme des arrivées et des confirmations officielles. L'Afrique compte 54
États membres des Nations Unies : sa participation ne peut être réduite à
quelques personnalités, aussi importantes soient-elles. Mais l'essentiel n'est
pas seulement de savoir qui est arrivé à New York. La véritable question est de
déterminer ce que ces délégations rapporteront à leurs peuples après le sommet.
PARTICIPER NE SUFFIT
PLUS
Être présent à
l'Assemblée générale constitue une occasion diplomatique majeure. Pourtant, une
présence protocolaire ne suffit pas. L'Afrique ne devrait plus se rendre à New
York avec 54 discours dispersés, sans stratégie suffisamment coordonnée. Elle
devrait y porter des priorités communes : réforme du Conseil de sécurité,
représentation permanente du continent, allègement de la dette, accès équitable
aux financements, transformation locale des matières premières, souveraineté
alimentaire et sanitaire, financement climatique, maîtrise de l'intelligence
artificielle et résolution des conflits africains.
Les dirigeants
africains doivent rappeler que le continent n'est pas seulement un espace de
crises, un réservoir de matières premières ou un marché de consommation.
L'Afrique est une puissance démographique, économique, culturelle et
stratégique qui doit participer pleinement à la définition du nouvel ordre
mondial.
MOINS DE
PHOTOGRAPHIES DAVANTAGE DE RÉSULTATS
Les rencontres
bilatérales organisées en marge du sommet ne doivent pas être évaluées
uniquement par le nombre de photographies, de poignées de main ou de réceptions
diplomatiques. Chaque délégation devrait pouvoir expliquer, à son retour, les
projets présentés, les partenaires rencontrés, les financements sollicités, les
accords conclus et les engagements obtenus. Une photographie peut illustrer une
rencontre ; elle ne peut pas remplacer un résultat.
Dans les cent jours suivant l'Assemblée générale, chaque gouvernement participant devrait publier un rapport de mission. Les citoyens ont le droit de savoir ce que ces déplacements ont produit pour leur pays : investissements, coopération, sécurité, infrastructures, éducation, santé, agriculture ou création d'emplois.
POURQUOI TOUJOURS NEW
YORK ?
Une autre
interrogation mérite d'être posée : pourquoi la grande rencontre annuelle des
Nations Unies devrait-elle toujours se tenir à New York ? Le siège principal de
l'Organisation se trouve aux États-Unis, mais les Nations Unies appartiennent à
l'ensemble de leurs États membres. Leur universalité devrait aussi se refléter
dans la géographie de leurs grandes rencontres.
Organiser une
session ailleurs qu'à New York n'est pas juridiquement impossible. Le règlement
intérieur de l'Assemblée générale le permet lorsqu'une majorité des États
membres l'accepte. L'Afrique possède déjà à Nairobi le seul siège des Nations
Unies situé dans le Sud global, où un nouveau Palais des assemblées de 1 600
places est en construction. Plutôt que de créer une institution à partir de
rien, la communauté internationale pourrait renforcer cette implantation et en
faire un véritable deuxième centre de la diplomatie mondiale.
Pourquoi ne pas
organiser périodiquement une session de l'Assemblée générale, une semaine de
haut niveau ou une grande conférence mondiale des Nations Unies sur le
continent ? Nairobi constituerait une première possibilité naturelle.
Johannesburg, Abuja, Yaoundé, Kinshasa, Addis-Abeba, Alger, Rabat, Tunis ou Le
Caire pourraient également accueillir de grandes rencontres internationales.
Il ne s'agit pas
d'opposer l'Afrique subsaharienne à l'Afrique du Nord, ni de créer une
compétition entre les capitales. Il s'agit de défendre une ambition commune :
rapprocher les Nations Unies des peuples et rééquilibrer une diplomatie
mondiale encore trop concentrée dans quelques capitales occidentales.
UNE PROPOSITION À
PORTER COLLECTIVEMENT
Cette évolution
ne sera pas accordée automatiquement à l'Afrique. Les États africains doivent
la proposer, la préparer et la défendre ensemble. Les dirigeants présents à New
York pourraient charger l'Union africaine d'élaborer un projet officiel,
assorti de garanties techniques, financières, diplomatiques et sécuritaires.
Réclamer une meilleure représentation est légitime ; construire les alliances
et les majorités nécessaires est indispensable.
APRÈS NEW YORK LE
TEMPS DE L'ÉVALUATION
Lorsque les
avions présidentiels auront quitté les États-Unis et que les délégations seront
rentrées dans leurs capitales, une question demeurera : qu'est-ce qui aura
véritablement changé pour les populations africaines ? Le succès d'un sommet ne
se mesure pas à la longueur des discours ou au prestige des réceptions. Il se
mesure aux décisions prises, aux investissements mobilisés, aux partenariats
conclus, aux conflits que l'on contribue à résoudre et aux améliorations
concrètes apportées à la vie des citoyens.
Nos dirigeants
doivent aller à New York pour parler, mais surtout pour négocier. Ils doivent y
défendre leurs nations et porter une vision commune du continent. L'Afrique n'a
plus besoin d'être simplement présente dans les grandes rencontres internationales
: elle doit peser sur leur orientation. Sa présence deviendra véritablement
historique lorsqu'elle sera reconnue par l'unité de ses positions, la force de
ses propositions et la réalité de ses résultats.
Amine Michel
Directeur de publication et Rédacteur en chef
Afrique Aujourd'hui
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