L’Afrique possède un patrimoine naturel exceptionnel. Son sous-sol renferme une part importante des ressources qui alimentent aujourd’hui l’économie mondiale : or, diamant, pétrole, gaz naturel, bauxite, fer, manganèse, uranium, cuivre, cobalt, lithium, coltan, nickel, chrome, zinc, étain, plomb, phosphate, graphite, terres rares, entre autres.

À ce patrimoine minéral et énergétique s’ajoutent les terres agricoles, les forêts, les fleuves, les lacs et les ressources en eau, ainsi qu’un immense potentiel hydroélectrique, solaire et éolien.

Ces richesses représentent une chance considérable pour notre continent. Elles procurent des recettes aux États, attirent les investissements, créent des emplois, permettent de construire des infrastructures et participent au financement du développement.

Mais au milieu de cette abondance, une question fondamentale mérite d’être posée pendant qu’il est encore temps : Que restera-t-il lorsque certaines de ces richesses seront épuisées ?

Ce n’est ni une question pessimiste ni une critique de leur exploitation. C’est une question de responsabilité, de prévoyance et de solidarité entre les générations. Car développer un pays, ce n’est pas seulement répondre aux besoins d’aujourd’hui. C’est aussi préparer les conditions de vie de ceux qui viendront après nous.

CE QUE LA TERRE A MIS DES MILLIONS D’ANNÉES À CONSTITUER

Toutes les ressources naturelles ne sont pas de même nature. Certaines peuvent se renouveler lorsqu’elles sont convenablement protégées et gérées. Une forêt peut se régénérer. L’agriculture peut produire génération après génération. Certaines ressources en eau peuvent se renouveler grâce au cycle naturel, à condition de ne pas être polluées ou surexploitées.

Les minerais et les hydrocarbures obéissent à une autre logique. Une tonne de bauxite retirée d’une montagne ne repousse pas. L’or extrait d’un gisement ne se reconstitue pas à l’échelle de nos sociétés. Il en va de même du diamant, du manganèse, du fer, du cuivre, du cobalt, du lithium, du coltan, de l’uranium et de nombreuses autres ressources du sous-sol. Un puits de pétrole peut produire pendant des décennies. Mais il finit par décliner.

Pourquoi une seule génération devrait-elle épuiser ce que la nature a mis des millions d’années à constituer ?

UNE MINE PEUT FERMER. UNE NATION DOIT CONTINUER À VIVRE

Lorsqu’un grand gisement entre en exploitation, l’espoir est immense. Les investissements arrivent. Les infrastructures se développent. Des milliers de personnes trouvent du travail. Des entreprises et des commerces apparaissent. Des familles entières vivent directement ou indirectement de cette nouvelle activité.

Mais que se passera-t-il le jour où cette activité s’arrêtera ? Les machines pourront être démontées. Les entreprises qui étaient venues exploiter la ressource pourront repartir. Certains sous-traitants fermeront. Les recettes publiques diminueront et des milliers de travailleurs risqueront de perdre leur emploi.

Mais les populations, elles, resteront. Les familles resteront. Les villes resteront. Les besoins resteront. Et les enfants continueront de naître.

C’est pourquoi la fermeture future d’une mine doit être pensée le jour même où son exploitation commence. Chaque grand projet extractif devrait être accompagné d’une véritable stratégie de l’après-gisement. Si une mine doit fonctionner pendant trente ans, il faut commencer dès les premières années à préparer les activités économiques qui feront vivre les travailleurs, leurs enfants et leur région à la trente et unième année.

TRANSFORMER UNE RICHESSE TEMPORAIRE EN CAPITAL PERMANENT

Le problème n’est donc pas l’exploitation des matières premières. La véritable question est de savoir ce que nous construisons grâce à elles pendant qu’elles existent encore.

Une partie des revenus miniers, pétroliers et gaziers devrait permettre de transformer progressivement le patrimoine souterrain en patrimoine économique durable : universités, écoles techniques, centres de recherche, centrales électriques, barrages, routes, réseaux numériques, industries et exploitations agricoles modernes. Elle peut également alimenter ou renforcer des fonds d’investissement et d’épargne destinés aux générations futures.

Ainsi, lorsque le minerai aura disparu, sa valeur, elle, n’aura pas nécessairement disparu. Elle aura changé de forme. L’or pourra être devenu une université. La bauxite aura contribué à financer une industrie. Le pétrole aura permis de développer des infrastructures et d’autres sources d’énergie. Le diamant aura participé au financement d’entreprises. Le manganèse, le cuivre ou le cobalt auront contribué à former des ingénieurs, des techniciens et des entrepreneurs.

DIVERSIFIER PENDANT QUE LES MOYENS EXISTENT ENCORE

Il serait dangereux d’attendre l’épuisement des ressources pour commencer à chercher ce qui pourrait les remplacer. La diversification économique doit avancer parallèlement à l’exploitation des matières premières.

L’agriculture constitue naturellement l’un des premiers piliers. Mais l’Afrique ne doit plus seulement produire. Elle doit davantage transformer : fruits, céréales, cacao, coton et produits de l’élevage. Elle doit développer l’agro-industrie, la conservation, le conditionnement et les chaînes logistiques.

À côté de cette agriculture modernisée doivent grandir l’industrie manufacturière, l’énergie, les technologies numériques, les télécommunications, le tourisme, les transports, la logistique, la finance, les PME, les industries culturelles, la recherche et l’innovation.

Le principe est simple : ne jamais faire dépendre l’avenir de tout un pays d’un seul moteur économique. Lorsqu’une économie possède plusieurs secteurs capables de créer simultanément de la richesse et des emplois, l’épuisement d’une ressource devient moins brutal. Le relais existe déjà.

L’APRÈS-PÉTROLE SE PRÉPARE PENDANT LE PÉTROLE

Le pétrole nous donne un exemple particulièrement instructif. Le monde développe différentes solutions destinées à réduire progressivement sa dépendance aux hydrocarbures : solaire, éolien, hydroélectricité, électricité, hydrogène, biocarburants et autres technologies énergétiques.

Cela démontre qu’une matière première peut perdre progressivement une partie de son importance économique avant même son épuisement physique. Les économies productrices doivent donc utiliser une partie de la richesse générée aujourd’hui pour préparer l’économie qui fonctionnera demain.

L’après-pétrole doit être préparé pendant que le pétrole produit encore de la richesse. Et l’après-mine doit être préparé pendant que la mine fonctionne encore.

FAUT-IL TOUT EXTRAIRE AUJOURD’HUI ?

Parce qu’un gisement existe, sommes-nous obligés de l’exploiter immédiatement ? Lorsqu’un pays possède plusieurs réserves, pourquoi certaines d’entre elles ne pourraient-elles pas, lorsque les conditions économiques et stratégiques le permettent, être conservées comme réserves stratégiques intergénérationnelles ?

Il ne s’agit pas de refuser le développement ni d’empêcher l’exploitation des richesses nécessaires aux économies africaines. Il s’agit simplement de reconnaître que tout ce qu’une nation possède n’appartient pas exclusivement à la génération présente.

Nos enfants et nos petits-enfants auront eux aussi des besoins. Ils disposeront probablement de technologies différentes, peut-être plus performantes, plus propres et capables de mieux valoriser certaines ressources. Le sous-sol africain doit être considéré non seulement comme une source de recettes, mais aussi comme un patrimoine transmis de génération en génération.

NOTRE PLUS GRAND GISEMENT EST PEUT-ÊTRE CELUI QUI NE S’ÉPUISE JAMAIS

Il existe pourtant une richesse capable de croître à mesure qu’on l’exploite : l’intelligence humaine.

Une mine de manganèse peut fermer. Un gisement de diamant peut s’épuiser. Un puits de pétrole peut se tarir. Mais un professeur peut former des centaines d’étudiants. Un ingénieur peut transmettre son savoir. Un chercheur peut produire une innovation. Un agronome peut améliorer la productivité de milliers d’hectares. Un entrepreneur peut créer une entreprise qui, demain, en fera naître d’autres.

Voilà pourquoi une part importante des revenus issus des matières premières devrait contribuer à financer l’éducation, la formation professionnelle, la recherche scientifique, l’innovation et l’entrepreneuriat. Nos universités, nos laboratoires, nos écoles techniques et nos centres de formation constituent peut-être les seuls gisements que nous pouvons exploiter pendant des siècles sans les épuiser. Plus nous y puisons, plus ils peuvent produire.

NE LAISSONS PAS SEULEMENT LES CICATRICES DE NOS MINES

Cet éditorial n’est dirigé contre aucun État, aucun gouvernement, aucune entreprise et aucun investisseur. L’Afrique a besoin d’investissements. Elle a besoin d’exploiter intelligemment ses ressources et des recettes qu’elles génèrent pour accélérer son développement.

Mais notre génération ne doit pas laisser à ses descendants uniquement les cicatrices des mines qu’elle aura exploitées. Elle doit leur laisser les écoles que ces mines auront financées, les universités qu’elles auront contribué à construire, les industries qu’elles auront fait naître, les terres agricoles qu’elles auront permis de moderniser, les infrastructures, les entreprises, les technologies et surtout des emplois capables de survivre à leur disparition.

Alors, lorsque le dernier camion quittera un gisement, il n’y aura pas nécessairement de catastrophe économique. La mine fermera, mais les industries continueront à produire. Le pétrole diminuera, mais d’autres sources d’énergie auront pris le relais. Le minerai s’épuisera, mais l’agriculture, les services, les technologies, l’industrie et les entreprises continueront à créer de la richesse.

C’EST MAINTENANT QU’IL FAUT PRÉPARER DEMAIN

Aujourd’hui, nous parlons avec fierté de nos réserves d’or, de pétrole, de gaz, de diamant, de bauxite, de fer, de manganèse, d’uranium et de tant d’autres richesses. Mais dans cinquante ou cent ans, de quoi parleront nos descendants ? C’est aujourd’hui que cette réponse doit être construite.

L’après-mine se prépare pendant la mine. L’après-pétrole se prépare pendant le pétrole. L’après-matières premières se construit pendant que les matières premières génèrent encore des richesses.

Le véritable succès de notre génération ne sera donc pas d’avoir extrait le maximum. Il sera d’avoir suffisamment anticipé pour que, lorsque certaines ressources auront disparu, leur absence ne provoque pas l’effondrement de la vie économique, parce que d’autres richesses, d’autres industries et d’autres emplois auront déjà pris le relais.

Un jour, nos enfants ne devront pas simplement entendre : « Autrefois, il y avait de l’or, du diamant, du pétrole, de la bauxite ou du manganèse dans notre pays. » Ils devront pouvoir regarder autour d’eux et répondre : « Oui. Et ceux qui nous ont précédés ont eu la sagesse de transformer ces richesses en l’avenir dont nous vivons aujourd’hui. »

NOTE SPÉCIALE À NOS LECTEURS

Une idée n’a de force que lorsqu’elle circule

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Une bonne idée gardée dans un tiroir n’a encore jamais changé l’Afrique.

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Que Dieu vous bénisse, que Dieu protège les générations futures et que Dieu bénisse l’Afrique.

Amine Michel

Directeur de publication — Rédacteur en chef

AFRIQUE AUJOURD’HUI

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