ÉDITORIAL — 1er septembre 2026
Il existe une facilité devenue presque une industrie dans certains espaces médiatiques africains : accuser, condamner, prophétiser la chute des autres et transformer le microphone en tribunal.
Cheikh Yérim Seck semble avoir fait de la Guinée l’un de ses terrains favoris.
La Guinée par-ci. Le pouvoir guinéen par-là. Le Président de la République par-ci. Les institutions guinéennes par-là.
À force, une question devient inévitable : Monsieur Cheikh Yérim Seck, qu’avez-vous exactement avec la Guinée ?
Pourquoi cette fréquence ? Pourquoi cette virulence ? Pourquoi cette concentration d’attaques contre les autorités d’un pays qui n’est pas votre pays natal ?
S’agit-il uniquement de journalisme ? Existe-t-il une rancœur particulière ? Un contentieux personnel ou professionnel ? Une déception ? Une histoire que l’opinion publique ignore ?
Nous n’affirmons rien de tout cela. Nous posons les questions.
Et puisqu’un journaliste revendique le droit de questionner les autres, il doit également accepter que d’autres journalistes le questionnent.
LA GUINÉE N’EST PAS UN TERRITOIRE SANS SOUVERAINETÉ
Mettons immédiatement les choses au clair.
Cheikh Yérim Seck a parfaitement le droit de parler de la Guinée. Il peut analyser son économie, critiquer sa gouvernance, contester les choix de ses dirigeants, enquêter et considérer que le gouvernement commet des erreurs. C’est la liberté de la presse.
Mais la Guinée est un État souverain, exactement comme le Sénégal est un État souverain. Et la liberté d’expression n’abolit ni la responsabilité, ni la preuve, ni le respect des droits d’autrui.
Lorsqu’on passe de la critique politique à des accusations extrêmement graves — enlèvements, disparitions, crimes ou autres faits susceptibles d’avoir une qualification pénale — la question n’est plus seulement : « Que pensez-vous ? » Elle devient : « Quelles sont vos preuves ? »
Où sont les documents ? Où sont les témoignages recoupés ? Où sont les éléments matériels ? Où sont les pièces permettant de soutenir publiquement de telles accusations ?
Un journaliste expérimenté devrait le savoir : plus l’accusation est grave, plus la preuve doit être solide.
MAMADI DOUMBOUYA : IL Y A L’HOMME, MAIS IL Y A SURTOUT LA FONCTION
Il faut également éviter une confusion.
Lorsqu’on parle aujourd’hui de Mamadi Doumbouya, on parle du Président de la République de Guinée. La nuance est fondamentale.
Afrique Aujourd’hui ne soutient pas que le Président de la République serait au-dessus de la critique. Aucun dirigeant ne devrait l’être. Nous ne parlons pas davantage au nom du gouvernement guinéen. Nous n’avons reçu mandat de personne.
Nous défendons simplement un principe : on peut critiquer l’homme sans dégrader l’institution.
On peut contester une décision présidentielle, dénoncer une politique publique ou démontrer qu’une orientation économique est mauvaise. Mais le Président de la République incarne également une institution de l’État.
Et cela impose, particulièrement à un professionnel de l’information, de savoir distinguer la critique de l’action publique de l’invective contre ceux qui incarnent la République.
L’AFRIQUE SAVAIT DIRE NON AU CHEF SANS L’AVILIR
Cheikh Yérim Seck est Africain. Il connaît donc certainement cette réalité.
Dans nos traditions, respecter le chef n’a jamais nécessairement voulu dire approuver aveuglément chacune de ses décisions. Les sages parlaient. Les anciens conseillaient. Les notables contredisaient. On pouvait dire au chef : « Vous vous trompez. » Mais on n’oubliait pas pour autant qu’il demeurait le chef.
La contradiction existait avec le respect.
Nos États modernes sont désormais régis par des Constitutions, des lois et des institutions républicaines. Mais cette vieille sagesse africaine conserve toute sa valeur : contredire n’oblige pas à humilier. Critiquer n’autorise pas à salir. La liberté de parole n’est pas la liberté d’accuser sans preuve.
MAINTENANT, MONSIEUR CHEIKH YÉRIM SECK, RETOURNONS LE MIROIR
Cheikh Yérim Seck examine les autres. Très bien. Examinons donc également Cheikh Yérim Seck.
Pas à travers des rumeurs. Pas à travers des conversations de quartier. Pas à travers des publications anonymes.
À travers son parcours judiciaire public au Sénégal. Et les dates sont importantes.
26 SEPTEMBRE 2012
Le 26 septembre 2012, le tribunal des flagrants délits de Dakar reconnaît Cheikh Yérim Seck coupable de viol sur la jeune étudiante Ndèye Aïssatou Tall.
La sanction prononcée est lourde : TROIS ANS DE PRISON FERME.
À cette peine s’ajoutent trois millions de francs CFA de dommages-intérêts accordés à la partie civile.
Cheikh Yérim Seck conteste les faits et exerce les voies de recours qui lui sont ouvertes. C’est son droit.
Mais retenons déjà ceci : il ne s’agissait pas d’une condamnation avec sursis.
22 MARS 2013
Le 22 mars 2013, la Cour d’appel de Dakar se prononce à son tour.
La culpabilité pour viol est maintenue. La peine est ramenée de trois à deux années de prison ferme.
Quant aux dommages-intérêts accordés à la partie civile, ils passent de trois à dix millions de francs CFA.
Cheikh Yérim Seck poursuit ensuite les voies judiciaires à sa disposition. Mais la prison, elle, n’est pas théorique. Il est détenu.
3 JANVIER 2014 : LA SORTIE DE PRISON
Après environ seize mois de détention, Cheikh Yérim Seck retrouve la liberté le 3 janvier 2014, dans le cadre d’une libération conditionnelle.
Voilà les faits. Voilà les dates. Voilà pourquoi nous n’avons besoin ni de rumeurs ni d’inventions.
Cette histoire judiciaire n’a pas été écrite par Afrique Aujourd’hui. Elle n’a pas été fabriquée à Conakry. Elle n’est pas l’œuvre du gouvernement guinéen.
Elle appartient au parcours judiciaire de Cheikh Yérim Seck au Sénégal.
ALORS, QUI JUGE LE JUGE ?
Soyons parfaitement clairs.
Cette condamnation ne retire pas à Cheikh Yérim Seck son droit de parler. Un homme ayant connu la justice et la prison conserve ses droits. Il peut reprendre sa vie, exercer son métier et s’exprimer.
Mais lorsque ce même homme adopte ensuite une posture extrêmement sévère envers les autres, son propre parcours devient nécessairement une donnée légitime du débat sur sa crédibilité et sur l’autorité morale avec laquelle il distribue ses jugements.
La question devient alors redoutable : Monsieur Cheikh Yérim Seck, avant de placer quotidiennement les autres devant leur passé, avez-vous suffisamment regardé le vôtre ?
Un homme ayant lui-même connu le poids d’une accusation, d’un tribunal, d’une condamnation et de la prison devrait savoir mieux que beaucoup d’autres combien les mots peuvent être lourds, et surtout combien une accusation doit être prouvée.
POURQUOI LA GUINÉE ?
Revenons maintenant à cette question. Pourquoi une telle focalisation sur la Guinée ? Pourquoi cette intensité ? Pourquoi cette récurrence ?
Cheikh Yérim Seck connaît pourtant bien la Guinée. Il y a travaillé. Il y a enseigné. Il y a construit une partie de son parcours professionnel et personnel.
Cette proximité rend sa virulence actuelle encore plus intéressante à comprendre.
Alors nous lui demandons publiquement : avez-vous un problème particulier avec la Guinée ? Avez-vous un contentieux avec certains de ses dirigeants ? Existe-t-il une histoire entre vous et certains responsables guinéens que l’opinion devrait connaître ? Ou s’agit-il exclusivement de votre appréciation journalistique de la situation politique ?
Encore une fois : nous n’accusons pas. Nous questionnons. Mais nous attendons des réponses.
ET SI UN GUINÉEN FAISAIT LA MÊME CHOSE AU SÉNÉGAL ?
Inversons simplement les nationalités.
Imaginons un journaliste guinéen qui, depuis Conakry, consacre régulièrement ses interventions au Sénégal. Il attaque continuellement les autorités sénégalaises, formule des accusations extrêmement graves, annonce la chute du pouvoir et transforme le Président sénégalais en cible régulière de ses interventions.
Que dirait Dakar ? Que dirait l’opinion sénégalaise ? Et surtout : que dirait Cheikh Yérim Seck ?
La liberté que nous réclamons pour nous-mêmes doit être reconnue aux autres. Mais le respect que nous réclamons pour notre pays doit également être accordé aux autres peuples.
Le Sénégal mérite le respect. La Guinée aussi.
UN COMPTE FACEBOOK NE SUFFIT PAS À FAIRE UNE RÉDACTION
Nous avons également été surpris de voir un journaliste aussi expérimenté développer certaines de ses positions dans des espaces numériques animés par des personnes dont les méthodes professionnelles ne sont pas nécessairement celles d’une rédaction journalistique structurée.
Soyons précis. Un blogueur peut faire un excellent travail. Un citoyen peut interroger une personnalité. Facebook permet à chacun de s’exprimer. Et cette démocratisation de la parole est une conquête extraordinaire.
Mais créer un compte Facebook ou une chaîne numérique ne transforme pas automatiquement quelqu’un en journaliste professionnel.
Le journalisme est un métier. Il impose des méthodes : vérifier, recouper, confronter, donner la parole à celui que l’on accuse, distinguer l’information du commentaire et assumer la responsabilité de ce que l’on publie.
Cheikh Yérim Seck, qui a travaillé pendant des années dans la presse professionnelle, connaît parfaitement ces principes. C’est justement pourquoi nous sommes exigeants avec lui.
MONSIEUR CHEIKH YÉRIM SECK, QUE PROPOSEZ-VOUS ?
Il reste enfin une question fondamentale. Après toutes les critiques : que proposez-vous ?
Parce qu’un pays ne se gouverne pas devant une caméra. Gouverner, c’est arbitrer entre des milliers de contraintes.
Que propose Cheikh Yérim Seck pour l’économie guinéenne ? Pour l’emploi des jeunes ? Pour l’éducation ? Pour la santé ? Pour les infrastructures ? Pour l’agriculture ? Pour la transformation locale des ressources minières ? Pour la justice ? Pour les libertés publiques ? Pour la sécurité ? Pour les institutions ? Pour l’administration ? Pour les relations internationales ?
Donnez-nous votre Guinée.
Expliquez-nous comment vous la gouverneriez, comment vous financeriez vos propositions et comment vous arbitreriez entre les intérêts contradictoires d’une nation.
Critiquer est indispensable à la démocratie. Mais entre celui qui dit « Tout va mal » et celui qui explique « Voilà précisément comment je ferais mieux », il existe une immense différence. C’est celle qui sépare parfois le commentateur du décideur.
CHEIKH YÉRIM SECK : « UN DÉMON À LA PEAU DURE »
Et maintenant, ne nous faisons aucune illusion.
Nous connaissons suffisamment le parcours public de Cheikh Yérim Seck pour savoir que les controverses et les confrontations ne suffiront probablement pas à l’arrêter.
Employons donc volontairement une formule polémique, celle qui résume notre perception éditoriale de sa capacité à traverser les tempêtes : CHEIKH YÉRIM SECK EST UN « DÉMON À LA PEAU DURE ».
Il recommencera peut-être. Il reviendra probablement. Il prononcera peut-être demain de nouvelles accusations contre la Guinée, contre ses institutions ou contre le Président de la République, Mamadi Doumbouya.
Qu’il parle. C’est son droit. Mais qu’il sache également une chose : AFRIQUE AUJOURD’HUI SERA AU RENDEZ-VOUS.
Avec une plume ferme. Avec des dates. Avec des documents. Avec des faits.
Et avec les éléments concernant son propre parcours que notre rédaction continuera d’examiner. Nous ne publierons ni rumeur ni accusation que nous ne pourrions étayer. Mais les éléments authentifiés, recoupés et présentant un véritable intérêt public seront portés à la connaissance de nos lecteurs.
Nous publierons ce que nous pouvons prouver. Rien de plus. Mais surtout : RIEN DE MOINS.
Car celui qui ouvre continuellement les dossiers des autres doit accepter que son propre parcours public puisse également être examiné. Celui qui accuse doit accepter les questions. Celui qui demande des comptes doit pouvoir en rendre. Celui qui tient quotidiennement le miroir devant le visage des autres doit savoir qu’un jour quelqu’un peut retourner ce miroir vers lui.
Nous ne demandons donc pas à Cheikh Yérim Seck de se taire. Qu’il parle. Qu’il critique. Qu’il enquête. Mais qu’il apporte les preuves lorsqu’il accuse. Et qu’il accepte que la presse africaine puisse également enquêter sur son propre parcours public.
Car face à ce que nous qualifions volontairement de « démon à la peau dure », Afrique Aujourd’hui opposera ce qu’un journal possède de plus puissant : UNE PLUME À LA PEAU DURE.
Une plume qui cherche. Une plume qui vérifie. Une plume qui recoupe. Une plume qui ne tremble pas devant les faits.
Cheikh Yérim Seck peut continuer à tenir son miroir devant la Guinée. Mais désormais, il devra s’habituer à ce que, lorsque l’intérêt public le justifie, Afrique Aujourd’hui retourne également le miroir vers lui.
Les paroles peuvent s’envoler. Les polémiques peuvent disparaître. Les invectives peuvent être oubliées. Mais les décisions de justice restent. Les documents restent. Les dates restent.
ET LES FAITS, EUX AUSSI, ONT LA PEAU DURE.
AFRIQUE AUJOURD’HUI
Une plume pour le présent, une mémoire pour l’avenir.
Critiquer est une liberté. Prouver est une responsabilité. Respecter les institutions est une exigence républicaine.
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