Pendant plusieurs décennies, l’humanité a vécu avec une inquiétude devenue universelle : le réchauffement climatique. L’effet de serre, la hausse des températures, la perturbation des saisons, la déforestation et les phénomènes météorologiques extrêmes nous ont progressivement obligés à nous poser une question fondamentale : quelle planète laisserons-nous aux générations futures ?

Cette question reste entière.

Mais une autre interrogation vient désormais s’y ajouter. Elle concerne non plus seulement l’environnement dans lequel l’homme vivra demain, mais la place même qu’il occupera dans un monde profondément transformé par la technologie.

Cette révolution porte aujourd’hui un nom : l’intelligence artificielle.

Il ne s’agit pas de comparer l’intelligence artificielle au réchauffement climatique. Le dérèglement climatique constitue un phénomène environnemental dont les conséquences sont déjà observables. L’intelligence artificielle, elle, est une technologie créée par l’homme, capable d’apporter des progrès considérables.

Mais ces deux transformations ont quelque chose en commun : elles obligent notre génération à réfléchir au monde qu’elle prépare pour celles qui lui succéderont.

L’enfant de 2026 aura 50 ans en 2076

Arrêtons-nous un instant sur cette réalité. Un enfant qui naît aujourd’hui, en 2026, aura cinquante ans en 2076.

Dans quel monde vivra-t-il ? Comment se déplacera-t-il ? Comment travaillera-t-il ? Comment se soignera-t-il ? Comment communiquera-t-il ? À quoi ressembleront son école, son université, son entreprise ?

Et surtout : quelle place l’être humain conservera-t-il dans un environnement où les machines seront capables d’accomplir de plus en plus de tâches intellectuelles ?

Nous ne pouvons pas répondre aujourd’hui avec certitude à ces questions. Mais nous pouvons déjà les poser. Et peut-être est-ce précisément maintenant qu’il faut le faire.

Quelle école pour demain ?

L’intelligence artificielle bouleverse déjà notre rapport à la connaissance. Elle peut expliquer, traduire, rédiger, analyser, calculer et mettre à disposition une quantité considérable d’informations en quelques secondes.

Alors, que deviendra l’école ? Faudra-t-il continuer à enseigner exactement de la même manière lorsque chaque élève pourra disposer d’un assistant numérique capable de lui expliquer individuellement une leçon ? Les universités fonctionneront-elles encore comme aujourd’hui ?

Le véritable enjeu de l’éducation pourrait progressivement changer : il ne s’agira plus seulement d’accumuler des connaissances, mais davantage d’apprendre à comprendre, à raisonner, à vérifier, à créer et à distinguer le vrai du faux.

Car posséder une information n’est pas nécessairement la comprendre. Et disposer d’une intelligence artificielle ne dispense pas l’être humain d’avoir sa propre intelligence, son jugement et sa conscience.

Quel travail restera-t-il à l’homme ?

Voici probablement l’une des plus grandes interrogations des prochaines décennies.

Depuis toujours, les progrès techniques ont fait disparaître certains métiers et en ont créé d’autres. L’intelligence artificielle poursuivra probablement cette transformation, mais à une vitesse qui pourrait être considérable.

Certaines tâches aujourd’hui réalisées par des employés, des techniciens, des comptables, des traducteurs, des ingénieurs ou d’autres professionnels pourront être automatisées ou profondément transformées. De nouveaux métiers apparaîtront également.

Mais sommes-nous en train de préparer suffisamment nos jeunes à ces changements ? Former aujourd’hui uniquement pour les métiers d’hier serait prendre le risque de préparer une génération à un monde qui n’existera plus sous la même forme lorsqu’elle arrivera à maturité.

Et l’Afrique dans tout cela ?

Pour notre continent, la question est encore plus importante.

L’Afrique possède l’une des populations les plus jeunes du monde. Cette jeunesse représente une force considérable. Mais encore faut-il lui donner les instruments lui permettant de participer à la transformation technologique mondiale.

Une question doit donc être posée sans détour : l’Afrique sera-t-elle actrice de la révolution de l’intelligence artificielle ou restera-t-elle principalement consommatrice de technologies développées ailleurs ?

Nos enfants utiliseront-ils simplement les technologies conçues en Amérique, en Europe ou en Asie, ou participeront-ils eux-mêmes à leur conception ? Où seront nos laboratoires ? Où seront nos chercheurs ? Où seront nos grandes entreprises technologiques ? Où seront les Africains qui développeront les outils numériques adaptés à nos langues, à nos économies, à notre agriculture, à notre médecine et à nos réalités ?

Voilà pourquoi l’avenir de l’intelligence artificielle en Afrique commence d’abord dans nos écoles, nos universités, nos centres de recherche et la formation de notre jeunesse.

La technologie doit rester au service de l’homme

Il serait cependant dangereux de regarder l’intelligence artificielle uniquement avec inquiétude.

Elle peut contribuer à améliorer les diagnostics médicaux, faciliter l’accès à l’éducation, moderniser l’agriculture, accompagner la recherche scientifique, améliorer certains services publics et permettre aux entreprises de devenir plus productives.

Le véritable débat n’est donc pas de savoir s’il faut accepter ou refuser l’intelligence artificielle. Elle est déjà parmi nous. La véritable question est : qu’allons-nous en faire ?

Le progrès technologique n’a de sens que s’il améliore la condition humaine. Une machine peut traiter des milliards d’informations. Mais l’homme doit conserver la responsabilité de déterminer dans quel but elles seront utilisées.

Trois questions pour notre avenir

Notre génération doit finalement répondre à trois interrogations majeures :

Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ?

Quel travail et quelle place laisserons-nous à l’être humain dans une économie profondément transformée par les machines ?

Et quelle place l’Afrique décidera-t-elle d’occuper dans ce nouveau monde ?

Nous ne connaissons pas le monde de 2076. L’enfant qui naît aujourd’hui le connaîtra.

Amine Michel
Directeur de publication — Rédacteur en chef