UNE NAISSANCE, UNE VISION NATIONALE

Il existe des entreprises dont la naissance constitue davantage qu’un simple événement commercial. Elles traduisent une évolution des mentalités économiques, une volonté d’entreprendre et, quelquefois, l’émergence progressive d’un capital national capable de prendre sa place dans des secteurs longtemps dominés par des groupes extérieurs.

C’est sous cet angle qu’il convient d’observer l’expérience de LANALA en République de Guinée. L’histoire économique contemporaine montre que le développement ne repose pas exclusivement sur l’exploitation des ressources naturelles ou sur l’industrialisation. Il suppose également l’existence d’institutions capables de mobiliser l’épargne, de mutualiser les risques, de financer l’investissement et d’accompagner l’entreprise. Assurances, banques, sociétés financières et holdings constituent ainsi une partie essentielle de l’architecture du développement.

Le groupe trouve son origine dans l’initiative du Dr Bernard Goumou, professionnel de la finance et de l’assurance. Son développement s’est progressivement structuré autour de LANALA Assurances, de l’assurance-vie, de LANALA Finances et d’une organisation de groupe. Cette trajectoire traduit une volonté de bâtir, à partir de la Guinée, une institution financière nationale capable de répondre aux besoins des ménages, des entreprises et des institutions.

DE L’ASSURANCE À UNE ARCHITECTURE FINANCIÈRE

Pendant plusieurs décennies, une grande partie de l’Afrique a consommé des services financiers conçus, financés ou contrôlés depuis l’extérieur du continent. Cette réalité évolue progressivement. Des cadres africains formés aux métiers de la finance, du risque et du management choisissent désormais de devenir eux-mêmes investisseurs et bâtisseurs d’institutions.

Cette évolution mérite d’être encouragée lorsqu’elle repose sur la compétence, la solidité financière, la transparence et le respect du client. Une compagnie d’assurance mutualise le risque ; l’assurance-vie organise la prévoyance et l’épargne ; la microfinance rapproche le financement des ménages, des petits opérateurs et des entrepreneurs ; une holding peut donner cohérence et continuité à plusieurs activités. C’est ainsi que se construit progressivement une architecture financière nationale.

VERS UNE BANQUE : UNE ÉTAPE À DOCUMENTER

La perspective d’une activité bancaire sous l’identité LANALA constituerait une nouvelle dimension de cette trajectoire. Afrique Aujourd’hui conserve toutefois ici la prudence qui doit caractériser un journal économique : le statut réglementaire d’une banque doit être apprécié à partir des autorisations et publications des autorités compétentes.

Si cette ambition aboutit durablement dans le respect des procédures réglementaires, elle pourrait renforcer la capacité du groupe à accompagner les PME, les coopératives, les agriculteurs, les artisans, les commerçants, les jeunes entrepreneurs et les projets productifs. L’enjeu dépasse le prestige d’une enseigne : il concerne la capacité de capitaux africains à financer davantage l’économie réelle africaine.

UN POTENTIEL AU-DELÀ DES FRONTIÈRES

Pourquoi une entreprise née à Conakry devrait-elle limiter son horizon à la Guinée ? Si sa gouvernance, ses performances et sa solidité le permettent, une entreprise africaine doit pouvoir s’implanter dans d’autres pays du continent, nouer des partenariats internationaux et, à terme, envisager une présence en Europe, dans les Amériques ou en Asie.

L’Afrique ne doit plus seulement accueillir des investisseurs. Elle doit aussi produire ses propres investisseurs. Elle doit produire ses entrepreneurs, ses assureurs, ses financiers et ses banques, et surtout des institutions suffisamment solides pour survivre à leurs fondateurs. Le passage de la réussite entrepreneuriale à la pérennité institutionnelle constitue l’un des grands défis du capital africain contemporain.

NOTRE REGARD DE JOURNALISTES D’INVESTIGATION

Avant de consacrer cet éditorial économique à LANALA, Afrique Aujourd’hui a pris le temps d’observer, de rechercher, de documenter et de recouper les informations disponibles. Dans le cadre de notre travail journalistique et d’investigation, nous avons approché directement ou indirectement certaines structures du groupe.

Nos démarches n’ont pas toujours bénéficié de la disponibilité que l’on aurait pu espérer. Des possibilités de rencontre nous ont parfois été annoncées sans nécessairement connaître de suite. Nous n’en tirons aucune conclusion personnelle sur les responsables concernés. Une rédaction indépendante doit précisément savoir distinguer la relation qu’elle entretient avec les dirigeants d’une entreprise de l’analyse qu’elle porte sur l’utilité économique de cette entreprise.

Nous pouvons ne pas être reçus et néanmoins reconnaître ce qui mérite de l’être. Nous pouvons rencontrer des difficultés d’accès à l’information et continuer à examiner objectivement une initiative économique lorsqu’elle participe à la construction d’un capital national, à la création d’emplois et à l’émergence d’institutions africaines crédibles.

SALUER L’INITIATIVE SANS RENONCER À L’EXIGENCE

Afrique Aujourd’hui n’a pas vocation à transformer un éditorial économique en opération de communication. Notre ambition est de faire connaître les entreprises africaines crédibles qui investissent, innovent, créent de l’emploi et construisent progressivement des institutions susceptibles de prendre le relais dans des secteurs longtemps dominés par des capitaux extérieurs.

Soutenir l’entreprise nationale ne signifie pas renoncer à l’exigence. Toute institution financière doit demeurer soumise aux exigences de gouvernance, de transparence, de solvabilité, de qualité de service, de respect des assurés et des clients, de maîtrise du risque et de conformité réglementaire. C’est précisément parce que nous souhaitons voir émerger de grandes entreprises africaines que nous devons être exigeants envers elles.

D’AUTRES ÉDITORIAUX ÉCONOMIQUES À VENIR

Le présent éditorial ne constitue pas la conclusion de notre travail sur LANALA. Il en constitue une première étape. La rédaction d’Afrique Aujourd’hui poursuit ses recherches et ses travaux. D’autres publications économiques pourront être consacrées, lorsque les éléments nécessaires auront été suffisamment documentés et recoupés, à l’évolution du groupe, à ses différentes composantes, à sa gouvernance, à ses performances, à ses perspectives de développement et à sa contribution effective à l’économie guinéenne.

Ce travail prendra le temps nécessaire : quelques semaines ou plusieurs mois. Notre calendrier éditorial ne sera dicté ni par l’empressement, ni par la proximité, ni par l’éloignement avec les dirigeants concernés. Il sera déterminé par la disponibilité et la vérification des informations.

Parallèlement, Afrique Aujourd’hui poursuivra ses éditoriaux consacrés aux questions de gouvernance politique et institutionnelle en Afrique. Notre ligne éditoriale demeure ouverte sur deux dimensions essentielles du développement : la qualité des institutions publiques et la capacité du secteur privé africain à produire de la richesse, de l’emploi et de l’autonomie économique. L’essentiel n’est pas de publier vite. L’essentiel est de publier juste.

« L’Afrique ne construira pas sa souveraineté économique uniquement en reprenant possession de ses ressources naturelles. Elle la construira aussi le jour où ses assurances assureront ses populations, où ses banques financeront ses entreprises et où ses propres capitaux commenceront, à leur tour, à investir dans le reste du monde. »

Notre conviction, une Afrique meilleure !

Amine Michel
Directeur de publication et Rédacteur en chef